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Sophie Kuijken

April 24 - June 26, 2021
Bourg-Tibourg, Paris










La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter la cinquième exposition de l’artiste belge Sophie Kuijken, après sa dernière en 2020 à Bruxelles. Maintenue à l’abri des regards pendant près de 20 ans et dévoilée pour la première fois en 2011 au Musée Dhondt-Dhaenens, sur les encouragements de son directeur Joost Declerq, l’œuvre picturale de Sophie Kuijken constitue un apport d’une grande singularité à l’art du portrait.


Héritière de la peinture flamande, l’œuvre de Sophie Kuijken perturbe de l’intérieur les codes traditionnels du genre par une approche contemporaine qui trouble en profondeur. Dans un entre-deux-mondes atypique, ses portraits font advenir une présence paradoxale, à la fois silencieuse et scrutante, humaine et spectrale, brouillant les contours de notre humanité. L’exposition présente dix nouvelles œuvres sur panneau de bois et, pour la première fois, sur toile, suscitant plus que jamais ce sentiment « d’inquiétante étrangeté » dont Sophie Kuijken a le secret.


Les œuvres de Sophie Kuijken se présentent à première vue comme des portraits de facture classique, se détachant d’un fond sombre emprunté aux Primitifs flamands. Fidèle à une longue tradition picturale issue de l’invention de la peinture à l’huile, l’artiste opère un travail patient d’application d’enduits, de couches et de glacis à la surface de son support, qu’il soit en bois ou en toile. Si l’acrylique permet de poser les contrastes, c’est le travail à l’huile qui assure les effets picturaux dont la subtilité est approfondie par les couches de glacis et de vernis : ombres, textures des tissus et des velours, nuances des peaux, des tons... Plus largement, l’histoire de l’art traverse cette peinture par le biais de certains détails, certaines postures, rémanences plus inconscientes qu’intentionnelles : ainsi, les silhouettes étirées et chairs aux tons crus rappellent le maniérisme, les corps allongés de l’œuvre D.Z. évoquent des descentes de croix, une figure féminine marque un écho aux célèbres odalisques, un portrait en pied de 3⁄4 apparaît comme l’étrange miroir du Saint Sébastien d’Antonello Da Messina, tandis que la main qui capte la lumière du portrait L.M.T. pourrait bien être une citation de celles, si expressives, d’Egon Schiele.


Ces influences souterraines entrent en résonance avec une démarche active et systématique de collecte sur Internet. L’artiste passe en revue des centaines d’images et glane dans cette vaste base de données tous les éléments qui, assemblés selon le sentiment que leur confrontation génère, formeront ses sujets. Ces êtres artificiellement recréés marquent ainsi un contrepoint original à l’histoire du portrait, intrinsèquement liée au modèle vivant. Cette multiplication des sources, cette dispersion originelle du sujet instaure un mystère diffus, celui d’une figure mi-familière mi-chimérique, flirtant avec le bizarre. L’apparence surannée de ces portraits renforce ce sentiment « d’inquiétante étrangeté », tandis que les objets, accessoires ou détails que l’artiste adjoint à ses personnages rendent d’autant plus consistante cette teneur freudienne. Sophie Kuijken détourne avec une grande liberté la convention historique d’associer au modèle un certain nombre d’attributs, révélateurs de son statut social, de son éthos. Ponctuant avec un savoureux art du décalage chacune de ces compositions, figurent ainsi un tournesol en guise de pied, un merle lunaire niché dans les hauteurs du tableau ou la gueule d’un animal, qui dialogue avec la semi-nudité d’un personnage au genre indéterminé. Ces associations incongrues mettent en scène une tension entre deux contraires, à l’image d’une peinture dont la force est de se contredire, de faire écart. Mais contre toute attente, elles s’imposent de manière impassible et naturelle au sein de chaque œuvre, sous l’apparence d’affinités mystérieuses qui en déterminent l’univers.


Car l’ambiguïté de ces portraits tient aussi à cette pure présence, que rien n’ébranle, dans le champ pictural. L’absence d’arrière- plan prive les personnages de tout ancrage historique ou contextuel, accentuant leur caractère fantomatique et hors du temps : les corps sont en lévitation dans un espace nocturne qui les accueille en douceur. La lumière irradie des peaux diaphanes, dans un effet de transparence qui contraste avec l’obscurité des fonds et l’opacité des tons, chauds et sombres, subtilement nuancés. Les multiples couches de peinture et de glacis constituent autant d’étapes dans l’avènement, hors des ténèbres, de ces figures semi-réelles. Cette étrange communauté semble avoir été toujours là, dans cette attente qui impose en retour le temps de la contemplation.


Avec une grande maîtrise technique, l’artiste agit sur les phénomènes de mémoire et de reconnaissance, convoquant autant la grande histoire de l’art que les ressources communes, aléatoires et impersonnelles du numérique.
Sous ses allures classiques, la peinture de Sophie Kuijken contient une profonde marginalité qui conforte autant qu’elle dérange, et dans laquelle chacun est libre de se reconnaître.