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Brook Andrew
Rina Banerjee
Nú Barreto
Valérie Belin
Rosson Crow
Luc Delahaye
Josep Grau-Garriga
Fabrice Hyber
Benoît Maire
Rodrigo Matheus
Meuser
Manuel Ocampo
Laure Prouvost
Fiona Rae
Sarkis
Andres Serrano
Jessica Stockholder
Joris Van de Moortel
Agnès Varda
Wang Keping
Brenna Youngblood
Jérôme Zonder

High Emission Zone
February 11 - April 17, 2021
Cloître Saint-Merri, Paris










La programmation de la galerie étant bouleversée par les restrictions sanitaires dues à la pandémie de Covid 19, il est difficile de maintenir le calendrier des expositions d’artistes empêchés, pour certains, de pouvoir créer comme ils le souhaitent et surtout de voyager jusqu’à leur propre vernissage, à Paris.

Aussi, pour répondre aux souhaits des amateurs encore plus nombreux ces derniers mois à visiter les galeries, en raison notamment de la fermeture des musées, nous avons décidé d’organiser une exposition de groupe à partir du 11 février. Propice au temps et à la réflexion, cette période inédite, sans voyage ni foire, nous a permis de nous pencher attentivement sur les œuvres que nous conservons à la galerie mais auxquelles nous ne pouvons toujours offrir la visibilité qu’elles méritent.

En observant et confrontant ces œuvres, nous avons été surpris par les rapprochements qui se sont faits jour entre des artistes représentés par la galerie depuis les années 1990, comme Manuel Ocampo, Fiona Rae et Jessica Stockholder et ceux ayant rejoint plus récemment la programmation, Laure Prouvost, Benoît Maire, Wang Keping, Brook Andrew ou encore Nú Barreto.
D’une manière ou d’une autre, chacune de ces propositions artistiques a quelque chose à voir avec le contexte sanitaire, écologique mais aussi économique et politique de notre époque : nous y avons vu de nombreux échos à nos propres préoccupations, liées à la situation mondiale actuelle. Cette attention portée aux bouleversements de la société constitue sans conteste l’un des fils directeurs des choix artistiques de la galerie.

A travers des pratiques très différentes, photographie, peinture, œuvre sur papier, Valérie Belin, Rosson Crow et Joris Van de Moortel traduisent une forme d’excès contemporain, celui d’une accumulation confuse, frénétique et vaine, soulignant l’urgence d’une prise de conscience écologique. Cette vision angoissée d’un monde courant à sa perte fait l’objet d’un traitement expressionniste chez un certain nombre d’artistes : dans Chairs grises, Jérôme Zonder recrée par ses propres empreintes une foule de mains cendrée, rappelant les épisodes les plus sombres de l’Histoire, la tapisserie Com Pell de Josep Grau-Garriga révèle un usage brut de la matière textile, exprimant une ruralité nostalgique, tandis que Meuser expérimente dans une sculpture faite en acier de récupération une forme alambiquée et torturée.
 

L’assemblage de matériaux des plus divers devient le vecteur d’un message aux contours politiques : dénominateur commun des œuvres de Rina Banerjee, Rodrigo Matheus et Jessica Stockholder, il ouvre un vaste champ de possibles d’où émerge le sentiment anxiogène d’un choc des civilisations et d’une modernité gaspilleuse ou chaotique.

Cette sombre vision du monde asphyxie la peinture de Brenna Youngblood, réalisée dans un Los Angeles miséreux, prend une tournure politique dans l’œuvre dystopique de Nú Barreto et sociale dans l’immense photographie de Luc Delahaye, qui poursuit une réflexion sur la condition de l’homme dans le monde contemporain. Manuel Ocampo transmet par ailleurs dans sa peinture Untitled (Ghost Teeth) un sentiment de vie burlesque et cauchemardesque.

Contrastant avec cette représentation d’une terre appauvrie ou asséchée, un certain nombre d’artistes rendent hommage aux ressources de notre écosystème : Fabrice Hyber s’approprie les enjeux climatiques avec une fantaisie débordante et inspirée qui nourrit un projet utopique, celui « d’habiter la forêt », Wang Keping opère à travers la taille du bois un retour primordial à la nature, qui constitue la matrice de ses sculptures, l’oeuvre Grated Shovel de Laure Prouvost est une invitation fantasque à creuser des tunnels dans la terre tandis que les photographies d’Agnès Varda abordent avec un charme poétique le motif de la patate, «le plus modeste des légumes», «symbole d’une vie qui se renouvelle sans cesse».

A l’image de l’écologie généreuse et féconde que Fabrice Hyber appelle de ses voeux, les recherches d’un certain nombre d’artistes tendent ainsi vers l’invention d’un monde hybride, fantaisiste,«bricolé», où le rêve est encore possible. Les œuvres s’offrent comme autant de voies possibles vers une renaissance, à l’instar du tableau de Fiona Rae où des fulgurances de couleur traversent la matière sombre et de la photographie d’Andres Serrano, touchante image d’une végétation aride et dénudée, toutefois porteuse d’espoir. Aussi le vitrail de Sarkis invite à la contemplation du ciel, pourtant pris sous un dessin en plomb qui peut s’apparenter à une cicatrisation, tandis que la Peinture de nuages de Benoît Maire bascule d’une vision incandescente et alarmante à un onirisme apaisant. Dans cet univers en balance, l’œuvre de Brook Andrew, figurant une cascade en Tasmanie connue pour abriter les plus vieux arbres de la planète, illumine le parcours par sa sérénité mélancolique.