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Hoda Kashiha

Dear St. Agatha I am witness of your tears In the land of Tulips
May 30 - July 11, 2020
Charles Decoster, Brussels










La Galerie Nathalie Obadia a le plaisir de présenter Dear st. Agatha I am witness of your tears In the land of Tulips, la première exposition personnelle de l’artiste Hoda Kashiha dans sa galerie bruxelloise.

Née en 1986 à Téhéran, l’artiste iranienne aborde à travers ses œuvres des sujets culturellement sensibles dans le climat socio-politique complexe de son pays d’origine tels que l’identité, la féminité ou encore la question du genre. Des manifestations quotidiennes d’hostilité, d’opposition et de lutte qu’elle observe, naissent des œuvres métaphoriques sur toile pleines d’humour et de poésie, sources d’un imaginaire insolent et fragmenté passant constamment du réel au fantaisiste, de la figuration à l’abstraction. 

Le dynamisme et les tensions qui animent ses sujets trouvent un écho formel dans les compositions et le langage visuel de l’artiste. Pour cette exposition, Kashiha propose un ensemble de quinze peintures à la narration non-linéaire dans lesquelles elle fragmente le plan pictural traditionnel par la juxtaposition et l’accumulation de plusieurs niveaux de collages. Cette approche permet à l’artiste de capter les émotions antagonistes de ses personnages fictifs : amour/haine, violence/paix, pouvoir/faiblesse, vie/mort.

L’œuvre intitulée Dear st. Agatha I witness of your tears In the land of Tulips combine le collage et l’animation, deux domaines très importants dans le travail de l’artiste. En s’inspirant de la légende de « Sainte Agathe »1, vierge et martyr de l’antiquité chrétienne, Kashiha réalise une œuvre hautement symbolique, explorant l’arc narratif de la douleur, du courage et de la persévérance : des expériences universelles partagées par tout un chacun. Dans un style drôle et chaotique, l’œuvre représente un corps d’un homme en arrière-plan par-dessus lequel semble avoir été collé un buste de femme nu, le tout juxtaposé à deux yeux larmoyants sur fond de ciel bleu et entouré d’une étendue verte parsemée de tulipes rouges.


Les tulipes rouges sont une référence directe à l’Iran où elles sont un emblème national utilisé à la fois pour symboliser la justice et commémorer la mémoire des martyrs. À noter également que cette œuvre serait interdite d’exposition dans son pays en raison de la nudité de son personnage, ce qui souligne l’importance d’une pratique artistique libérée de toute forme de censure.


Kashiha a pour habitude de réaliser plusieurs croquis préparatoires pour une œuvre, ce qui lui permet de saisir les différentes facettes d’un même sujet, mais aussi d’introduire de la discontinuité dans son récit, qu’elle peut alors transformer à loisir. Lors de cette étape, l’artiste expérimente des techniques à la fois traditionnelles et digitales, en associant notamment des collages de papiers découpés et des collages réalisés par le biais d’outils de peinture numérique. Ce processus créatif est nettement visible dans les œuvres Rabbiting in the Hunting Ground et Rainfall after Smoke, dans lesquels se détachent des motifs au pochoir et des formes découpées. Du fait de la dynamique propre de la peinture et du recourt à de nouvelles techniques picturales comme l’aérographe et le pistolet à peinture qu’elle applique directement sur la toile, les œuvres finales de Kashiha sont rarement des transpositions exactes de ses croquis.


Ses toiles deviennent alors des espaces fictionnels dans lesquels l’artiste explore la relation optique et physique entre les différents niveaux du plan pictural, comme le montre Eyes Never Stop Seeing All Things. Cette approche multidimensionnelle s’inspire de l’« expressionisme abstrait »2, un mouvement datant des années 1970 et ayant donné lieu à des œuvres abstraites intégrant néanmoins des éléments de perspective, de profondeur et d’ombres.

Cette exposition inclut notamment deux diptyques qui mettent l’accent sur la dimension changeante du récit visuel et conceptuel de l’artiste. La composition d’Apollo Pursuing Daphne3 traite de la question du genre féminin comme sujet principal. Dans sa pratique artistique, Kashiha s’interroge sur la manière dont format et forme permettent de mettre en perspective le thème classique du mythe grec. Le recours à l’abstraction géométrique dans la représentation de l’espace pictural et celle du corps rendu dans un style ouvertement cubiste, la palette de couleurs vives, la juxtaposition de plusieurs temporalités et l’intégration de techniques d’animation et d’outils numériques concourent ici au langage visuel dynamique de cette œuvre qui capture l’équilibre délicat entre l’homme et la femme, un récit universel et intemporel.

Kashiha utilise souvent l’humour pour masquer la dureté des sujets qu’elle aborde, un mécanisme de défense bien connu des iraniens qui leur permet d’endurer la situation politique et sociale de leur pays. L’œuvre Untitled en est une excellente illustration. Pour traiter le sujet épineux qu’est celui de l’émancipation des femmes, elle choisit de représenter de manière espiègle le corps féminin, jusque dans ses moindres détails. On y voit une femme exhiber fièrement et librement ses poils d’aisselle à un homme qui se pince le nez. C’est grâce à des représentations légères et fantaisistes comme celle-ci que l’artiste encourage à discuter ouvertement d’un grand nombre de sujets sensibles.

Considérée comme une figure émergente de la scène artistique contemporaine iranienne en pleine effervescence, Hoda Kashiha développe dans son travail une réflexion sur les paradoxes qui sous-tendent la construction politique et sociale de son pays natal, en élaborant un jeu constant entre le visible et l’invisible, entre ce qui est admis et ce qui doit être dissimulé. Elle crée des peintures colorées et audacieuses porteuses d’un message d’ouverture, de liberté et d’espoir. Un état d’esprit que traduit avec poésie le titre de son œuvre : All beautiful lives start floating when dark falls, maybe I am somewhere else above skies (Toutes les belles vies commencent à flotter quand la nuit tombe, peut-être suis-je ailleurs au-dessus des cieux).


1. Saint Agatha: Également connue sous le nom d’Agathe de Sicile (231-251 après J.C), Sainte Agathe est l’une des saintes martyrs les plus vénérées de la religion chrétienne. Elle est la sainte patronne de Sicile et de Palerme, des fondeurs de cloche, des malades atteints de cancer du sein, des victimes de viol et des nourrices. Dans l’art religieux, elle est souvent représentée munie de cisailles, de tenailles ou portant une paire de seins sur un plateau.

2. Expressionisme abstrait : au milieu des années 1970, Barbara Rose (née en 1938), historienne de l’art et critique d’art américaine, identifia un courant de peinture caractérisé par des œuvres abstraites intégrant des éléments de perspective, de profondeur et d’ombre. Rose appela cette mouvance « expressionisme abstrait », attirant l’attention sur le fait que la peinture, quoi qu’abstraite, semblait renouer avec la longue tradition de la représentation spatiale. De nombreux artistes depuis ont intégré des tropes de l’expressionisme abstrait, donnant lieu à des œuvres représentant toute une gamme de formes et d’éléments abstraits placés dans un espace tridimensionnel.  

3. Apollon et Daphné : réalisé autour de 1755/1760 par l’artistique italien baroque du XVIIIème siècle Giovanni Battista Tiepolo. Cette peinture à l’huile représente le mythe grec de Daphné se métamorphosant alors qu’elle est poursuivie par Apollon. L’œuvre est aujourd’hui exposée à la National Gallery of Art de Washington, aux États-Unis.